(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "J.J. Rousseau aux Français"

J.J. ROUSSEAU 



AUX FRANÇAIS. 



/¥ 



nU< 



J.J. ROUSSEAU 

AUX FRANÇAIS. 



A\ec approbation du Préfet du Département 
du Mont-Blanc. 






A C H A M B E R Y , 

Chez Gorrin , père et fils , Imprimeurs de la 
Préfecture. 



An XI, 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/seauOOmart 



.' 



dédicace: 

A u Citoyen V E K 2t E î L H , Préfet du 

Département du Mont-Blanc. 



\^J ITOY 



en Préfet, 



Tous les vrais amis de la révolution voient ; 
avec scandale et avec indignation , L'acharnement 
avec lequel un travaille , depuis quelque temps , à 
flétrir la mémoire de J. J, Rousseau; il existe 
nombre \se d'hommes sur qui le nom de ce 

vertueux citoyen fait le même effet que l'eau sur 
Us Hydrophobes , et si on leur demandait quels sont 
Us motifs d'une haine si animée et si soutenue , ils 
ne pourraient donner d autre réponse que celle de 
cet Athénien qui votait pour condammer Aristide a 
l'ostracisme (l). Mais tous les efforts des emn 



(î) Pat quelle étrange ressemblance faut-il que deux hommci jul 
••u ponc le même uoin , aient ci paj iciu g^uc 

A 3 



V] DEDICACE. 

de ce grand homme seront impuissant , les traits 
envenimé* de leur haine ne sauraient l'atteindre, 
Telum imbelle sine ictu. Malheureusement pour 
eux, ses ouvrages existent , et c'est d'après eux qu'on 
jugera le cœur qui les dicta. Ils l'accusent d'impiété , 
sans songer que les livres oà on ta cherche sont 
entre les mains de tout le monde. Que ne donne- 
raient-ils pas pour pouvoir supprimer ces pièces jus- 
tificatives , et assurer, sans crainte, d'etre démentis , 
qu'ils contiennent réellement tout ce qu'ils feignent 
d'y trouver ! Mais ils resteront pour leur honte, et 



et leur; malheurs ? Ne croirait-on pas que notre lyrique a voulu peindre 
les persécutions qu'a éprouvées le citoyen de Genève , lorsqu'il dit dans 
son ode a la postérité : 

Le ciel qui nie créa sous le plus dur auspice , 
Me donna pour rout bien l'amour de la justice, 
Un génie ennemi de tcut art suborneur, 
Une pauvreté fière , une mâle franchise , 
Instruire i détester toute fortune acquise 
Aux dépens de l'honneur. 

Je n'ai que trop appris qu'en ce monde où nous sommes.. 
Pour souverain mérite on ne demande aux hommes 
Qu'un vice complaisant de grâces revêtu , 
Et que des ennemis que l'amour propre inspire , 
Le» oins envenimes sont ceux que nous attire 
L'inflexible vertu. 

C'est cet amour du vrai, ce zèle antipathique , 
Courre tout faux rrillànt, tout éclat sophistique, 
Où l'orgueil frauduleux va chercher ses atours, 
Oj i lui seul suscita cette foule perverse 
D'ennemis forcenés, de 
Le repos de mes jours. 

Ecartorrç, on r -ils dit, ce censeur intraitable, 
Que de» plus beaux dehors, L'attrait inévitable 
Ne fit jamais gauchir confie la vente : 
Petuiiso is un témoin qu'on ne saurait séduire, 
Et pour la garantir , perdons ce qui peut nuire 
A notre vanné. 

Inventons un venin dont la vapeur infâme , 
En soulevant l'esprit, pénètre jusqu'à lame, 
Et sou» on nom connu, répandons ce poison; 
N'épargoons contre lui, mensonge ni parjures 
Chez, le peuple troublé, la fui&u ce L'injure 
Ticnutoru liçu de iai*on. 



DEDIC A I 

tn y cherchant 

térité ne verra dan 
torts d'un ami. de la vertu. I 
disait elo juemnient un de nos Tribuns , 

du Panthéon eront sur les i 

ami de l'I umanité ; n 

i rations les 
de paix , de modération et de sa 

Je sais bien <ju'il me conviendrait mal de nie 
donner les û re le d 

comparai . ; cependant , je nai pu me ref\ 
la douce satisfaction de à celte tow 

d'Brostrates , ^i Zoïles et d'Aï ]ue toui 

imputations ({irréligion et di re J. J. 

Rousseau , sont autant 

Elt ! quand il n'y a ; mot de i 

dans les livres de se mge n , on n'en devrait 

pas m r et t , 

Us chimères les plus douces qui j r et 

rrir le < , Cornait 

ton frapper d'anathème , des \i ne respirent 

ijue paix , d m < ur , amour de l l 

. ; 
ndue , l'utilité de . 
blie , où U ii dit 

ridicule est si bien ôtée a hanceté 

i peu ... 

Ah ! Si le bonheur du genre hu< die 

d'un Une ; il ne , 

>u: grand prêtre de \ s 
/: ... ries le ; ttice et 

de la vertu* L'éloquem 
lorsqu'ils p 
n'a qu'une 
i ame dt i lecteurs ; . 

A 



TÏij DEDICACE. 

pulcfirales qui brûlent près des morts sans écliaujjcr 
Leurs cendres ; mais celle de Rousseau , ressemble 
à ces verres lenticulaires qui réunissent les rayons 
du soleil, et dont le foyer brûlant dissout les corps 
les plus durs. C'est sur-tout lorsqu'il parle de la morale, 
qu'il s'exprime avec une persuasion si imposante ; 
que cet homme vraiment sublime , doit être regardé 
comme le prédicateur de Dieu dans tous les cultes, 
et l'apôtre de la religion dans tous les pays. 

Dans les autres écrivains , on démêle d'abord la 
passion qui les guide , et le but personnel qu'ils ont 
en vue .... ; J. J. Rousseau chercha la vérité avec 
droiture et simplicité de cœur ; dans son véhément 
enthousiasme , il- ne fut inspiré que par .'amour du 
bien public , sans intérêt personnel. 

Courageuse victime de la vérité , au dépens du 
repos de ses jours , il la plaça sur son irone , et 
préféra , par amour pour elle , les outrages aux 
caresses , la pauvreté à l'aisance , la flétrissure aux 
honneurs ; il consacra sa vie entière à rappeler ses 
m r du frères à la raison et an bonheur , à Les rendre plus 
eeyrou. religieux envers le ciel et plus justes enireux ; il 
raffermit dans la carrière les pas de l'homme vtr- 
tueux , et ramena celui qui s'égarait. 

Quid sic pulchrum , quid turpe „ quid utile, quid non, 
Plcnius ac melius Chrysippo et Crantore dicit. H$rat - 

Oui , je ne crains pas de le dire , il n'y a que 
les vils fauteurs du despotisme et du fanati 
qui soient intéressés à décrier les ouvrages de J. J. 
Rousseau ; ce puissant génie opposa à leurs ini- 
ques prétentions une digue aussi forte , que celle 
qu'opposa la main de l'Eternel aux ftots du vaste 
Océan : Vous viendrez jusques - là , et vous ne 
passerez pas. Je conviens qu'on a ûbusi de ses 
principes , que ses leçons de sagesse ont été quel- 



r i D I C A C E. ]r 

a pas craint 
i nom > pour < 

I \nit liberté • m wf ni à 

'eproche ; c'est à ceu \ g 

mini cfanj /c*//rv ra ! • 

Mutcmus djpcot • . 1 fjuib Joins an virtui in hosce remuât. . ? 

■ mon projet ; la mémoire de J. d. R \ au 
chère , 5a/w (foulé , puisque ses princi 
de tolérance , d'impartialité', de justii 

c y d'humanité , dirigent 1 ' ^£ 

publique* 

Au désir Je h mémoire de Ji , 

se joint un motif j>lus puissant ; il existe en 
amans jaloux Je la i , c/oa* /c: t'f;;r 6r«i 

ce < ■ Jj 

amour idolâtre ; j 
ion cfe* en //<.-$ , / 

; /é///' prouver < ; Mt 

• 'orme aux \ alité et 

té : lie serait-ce pas tes réconcilier avec 
eux-mêmes, et leur rendre toujours plus chère l'heu- 
reuse révolution du 18 brumaire? L t 
mémorable d'où date le bonheur de la France ! 

m ! Epoque . . . , le dirai-jc , 

onnante que celle de la c. 

A la voix d'un seul homme, : nonie 

! du cahos , Us d • du 

corps social brisé et , lles- 

nes , et lui rendent : 
un vaste séjour de deuil , à t'ait 

nné , un tableau riant de joie 
la lave bridante d un immense volcan se 

les mm 



X DEDICACE. 

se relèvent comme par l'effet magique de la baguette 
d'Armide ou de la lire tf Amphion , les flots im- 
pétueux des passions , des haines , des vengeances , 
restent suspendus à ses cotés , comme la mer rouge 
suspendit ses flots à la voix du législateur des 
Hébreux, 

Grand Dieu ! qu était-ce que la liberté en France 
avant ce grand événement 1 Hélas ! semblable à la 
statue de Glaucus que le temps , la mer et les 
orages avaient tellement défigurée , quelle ressemblait 
moins à un dieu , qu'à une bêle féroce ; la liberté, 
qu'invoquaient Us Français , ressemblait plutôt à une 
horrible bacchante , qu'à une déesse bienfaisante. . • 
Qu'était-ce que la République / une masse mons- 
trueuse , informe et grossière , sans mouvement et 
sans vie ; mais enfin un nouveau Promethée vint 
l'anuner. 

Excuserez - vous mon audace , citoyen Préfet , 
d'avoir osé essayer de chanter l'anniversaire de ce 
jour glorieux ! Je sentais bien la faiblesse et l'insuf- 
fisaice de ma voix -, mais mon %IU n'a consulté que 
mon cœur , et c'est lui qui me dicta Us vers que 
j'ose vous dédier* 



D E D I C A C F, 

—————— ■———■■Il ■II1IIB I -I 



ANNIVERSAIRE 

DU 1 8 BRUMAIRE. 



Jam rides , et pax , et honoc pudorque 
Piiscus , et neglecu redire viitus 
Audet j apparetcjue beau pleno 
Copia cornu.. 

Hor. Carm. SecuL 



Qu'une sainte et divine ivresse, 
Eclate et brille dans nos veux î 
Françai? ! par nos c liants d'alégresse , 
Célébrons le jour glorieux , 
Où ce héros que rien n'égale , 
Vint nous tirer du noir dcdaU 
Où nous errions depuis dix ans ; 
Et brisa la verge fatale 
Dans la main de nos viis tyrans. 

Comme le cœur de Promettiez 
Renaît pour de cruels vautours , 
La France toujours agitée , 
Par ses malheurs comptait ses jours ; 
Hélas ! les lonneaux toujours vides , 
Que remplissent les Dana/des , 
Sans espoir du moij Jre succès ; 
Sont l'image des mains avides, 
Qui dissipaient l'or des Français. 



ïij DEDICACE. 

Comme 011 nous peint le grand Alciic , 
De ses mains s'entrouvant le flanc , 
Sans arracher le don perfide 
Dont le poison brûlait son sang ; 
Ainsi , pour venger son outrage , 
Et sortir d'un long esclavage , 
Le Français , par un vain effort , 
Perdait sa force et son courage , 
Et ne changeait en rien son sort. 

Bonaparte , au sein de l'Egypte , 
Moissonnait d'immortels lauriers ; 
Mais il voit la France interdite , 

Trembler pour ses propres foyers ; 

Il part , arrive . . . . , et sa présence 
Nous rend l'espoir, la confiance; 
Partout Tordre se rétablit ; 
La loi remplace la licence , 
Et la victoire nous sourit. 

France ! qu'était ta République 
Avant cet heureux changement l 
Un être vain et fantastique , 
Une ombre de ^gouvernement, 
Toujours vacillante et mobile. ... ; 
Mais enfin , la robe virile , 
Lui donne un aspect imposant, 
Ce n'est plus un enfant débile , 
C'est un Hercule tout-puissant. 

O France î ô ma chère Patrie ! 
Reprends ton éclat , ta splendeur , 
Relevé ta tête flétrie ; 
La paix assure ta grandeur : 
Tu touches aux beaux jours de Rlice , 



I) K D I C A C E, xii 



Themïs , si long-temj e, 

.1 du immortels , 

Pour te di( ter la loi 
Qui doit relevez ses autels. 



Ar< \ ta sac 

Aujourd'hui ne m i plus. 

Et toi Rotrn 

De tanl unies vaincus , 

"\ ante ta valeur héroïque , 
ton amour patriotique, 
Montre tes lauriers éclatans : 
Hélas I la verge despotique, 
Flétrit le front de tes enfans. 



je te vois , sans lion te , 
Sans oser élever la voix, 

mir sous un ci 
Qui n v de ton croix ; 

La couronne , le diadème , 
Attributs du pouvoir suprême, 
1 romain ! te Font frémir , 

is ton Tribun lui-même," 
Te flatter pour mieux t'asservir. 

Le libre, 

i r s , 
A mis un parfait équilibre 

1rs; 

Jl mari Lie , 

leurs ; 
Ni que sa furi in impunie , 

Jnsulte à si urs. 



xiv D I G A C K. 

Grand Bonaparte , ton génie 
Donne la paix à l'univers , 
Par tes soins l'Europe est unie; 
Et ton nom , au-delà des mers, 
Eorce ces hordes sanguinaires , 
D'esclaves et de vils sicaires , 
Que guidait un monstre sans foi, 
A sortir de leurs noirs repaires , 
A se courber devant la loi. 

Notre pavillon tricolore , 
Emblème de l'égalité , 
Du Ganse aux rives du Bosphore , 
Par-tout est craint et respecté ; 
Enfin , la nation puissante , 
Présente une masse imposante 
Et d'harmonie et d'union , 
Et sa main libre et triomphante i 
ÏXelexe les murs de Sion. 

Si de l'aveugle fanatisme , 
Nons ne craignons plus les fureurs ; 
Si le poison de l'athéisme , 
Ne vient plus dessécher les cœurs ; 
Bonaparte , c'est ton ouvrage , 
Nous t'en devons le juste hommage , 
Eu nous redonnant tous nos droits , 
Toujours bienfaisant , toujours sage , 
Tu rétablis nos saintes lois. 

Prêtres ! au ton heur de la France ," 
Immolez vos opinions , 
Comme une funeste semence 
De haines , de dissensions ; 
L'univers entier vous contemple . 



D F. D T C \ ( v> 

Sachez nous pi d'exemple, 

DonneZ-VOUS le hniui <lc /;</< 

Si Dieu vient il»; rouvrir son temple, 
C'est pour réuni Us Français, 

Si ces faibles i obtenaient mire suffira 

citoyen Préfet , je serais récompa i Mes 

d'une manière bien chère à mon cantr , en ayant 
l'approbation d'un Magistrat aussi vertueux quéeta 

Daignei rcc ^ volr ^ tS assurances de mon profond 

et. 

J. MARTIN, 

Ex-cconome des Hôpitaux militaires. 



[ 



3.3. ROUSSEAU 

AUX FRANÇAIS. 



.. pcenitet, quoniam ita vixi, ur Efasttl mr 

rutum nom cxistuncm. Cato. 



RANÇAtS 



Mes pressenti mens sain donc réalises; File Je 
Corse étonné l'Europe et l'Univers entier, par îa 
eagesse du Hérus auquel elle a donne le jour ; 
ma irè et mon nom sont donc enfin gloriev 

• ieni réhabilités , puisque le pins grand 
hommes n'a pas dédaigné dt suivre rite s et 

sur l'organisation d< - ( il es. Que 
la i i l'envie continuent à distiller sûi i 

leur fiel et leur venin; que l'intolérance ei le fa- 
natisme me |' ignerit comme un monsti 

un i ( rits co fine 

abominai ndalei 

blasplu , [à justii 

lion n té en déni niôts 



s S J. J. Rousseau 

ce génie presque divin, a utilisé mes veilles....! 
Je n'ai point été trompé dans mon espoir. 

La certitude qu'un jour on sentirait le prix de 
ma patience, contribuait à la soutenir, et en m u tant 
tout , tues persécuteurs ne purent m'ôter l'espérance, 
toeu. 2. Si ma mémoire devait s'éteindre avec moi , me 
disais-je, je me consolerais d'avoir été si mal connu 
des hommes dont je serais bientôt oublié; mais 
puisque mon existence doit être connue après moi 
par mes livres, je ne me trouve point, je l'avoue, 
asst z de résignation pour penser sans impatience, 
qu'on ne se souviendra de moi, que comme d'un 
monstre; et que mes écrits, ou le cœur qui les 
dicta, est empreint à chaque page, passeront pour 
les déclamations d'un tartuffe qui ne cherchait qu'à 

>mpeï le public- Qu'auront donc servi mon cou- 
i i mon zèle , si leurs monumens , loin d'être 
utiles aux bons , ne font qu'aigrir et fomenter 
l'anîmosité des méchans : si tout ce que l'amour 
de la vertu m'a fait dire sans crainte et sans in- 
térêt , ne fait , à l'avenir , qu'exciter contre moi 
la prévention et la haine , et ne produit jamais 
aucun bien; si au lieu de bénédictions qui m'étaient 
dues , mon nom nue tout devait rendre honorable, 
n'est prononcé qu'avec imprécation / Non , je ne 
supporterais jamais une si cruelle idée; elle ab- 
sorberait tout ce qui me reste de courage et de 
cons'.nce. Je consentirais sans peine à ne point 
exister dans la mémoire des hommes , mais je 
ne pu^s consentir, jeTavoue, à y rester diffamé; 
non . le ciel ne le permettra point, et dans quel- 
cue état que m'ait réduit la destinée , je ne dé- 
sespérerai jamais de la providence ; que mes per- 
sécuteurs jouissent en p: ix , s'ils peuvent, toute 
leur vie, du bonheur qu'ils se sont fait des mi- 



AUX F R A » Ç A î S. U) 

lèreS do la mienne ; je a Les Voir ni 

nis , mais je* ne puis regarde* 
comme une chose indifférente aux h . le 
tablissemeni de tri * i le retour de 1 • 

tinif publique. Un \< ur viendra , j'en ai la juste 
confiance , où U - ; I ma mé* 

moire ; voila le fôndemei 

mes consolations, ^/ordre sera rétabli tôt ou tard 
sur la terre, je n'en doute pas; mes • 
enni i t mt dire tout le contraire de ( que 

; Font dire noir , lorsque je ne,; 

mais ils ont beau renfermer la vérité da les 

murs de mensonge, elle s'échappera par quelque 
j ire. 

Us m'accusent d'avoir voulu détruire les sci< i 
les an », 1 :■ r 

! la barbarie , : que j'ai toujours 

i sur la < : 

î leur destruction ne 

l< I les vices , er substiti et 

i v la corruption. Us s'obstinent à vc ir 

en moi un promoteur de boul< i ns et de 

troubles, tandis que personne au monde ne porta 
un plus vi et aux lois et aux constitua 

nationales, montra plus d'aï n pour les 

ut ion s et pour les ligueurs de t< ute i <■ ■. 
n , ils m accusent d'avoir ati .n. 

jNlais , est-c< ndre au rien croire, 

le rappt 1er à la véi foi qu'il oublie ? 

Est-ce troubler l'ordre que renvoyer chacun aux 
lois dt i ce anéantir tous les cultes, 

que borne] le peuple au sien! Est ce ôter Lc JJ* é 

celui quon a, que ne vouloir pas qu on en i ! desca^ 

Est-ce se jouer de toute religion , que ter 

toutes les religions . 7 Enfin , est-il donc si tssen* 

Pi 



co J.J, RoussEav 

tîel à chacune do haïr les autres, que cette harn<* 
ôtée , tout soit été l Ils m'accusent d'attaquer là 
moïale, tandis que dans tous mes ouvrages, j'établis 
de tout mon pouvoir la préférence du bien général 
sur le bien particulier , et que je rapporte nos 
devoirs envers les hommes, à nos devoirs envers 
Dieu , seul principe sur lequel la morale puisse 
éire fondée pour être réelle, et passer l'apparence. 
Emile Mais disent-ils d'un air triomphant , vous aves 
llv - 4- dit vous-même , « tant qu'il reste quelque bonne 
» croyance parmi les hommes , il ne faut point 
5> troubler les âmes paisibles , ni allarmer la foi 
» des simples par des difficultés qu'ils ne peuvent 
» résoudre et qui les inquiettent sans les éclairer: 
» voilà votre condamnation ; qu'avez- vous à ré- 
>> pondre » l Ma réponse est dans la continuation 
du même passage. 
ttt écrit. Quand une fois tout est ébranlé , on doit con- 
dc la server le tronc aux dépens des branches ; les 
consciences agitées , incertaines , presqu éteintes , 
ont besoin d'être affermies et réveillées j et pour 
les rétablir sur les bases des vérités éternelles , il 
faut achever d'arracher les piliers flottans, auxquels 
ell s pensent tenir encore. 

Qu'on considère l'état religieux de l'Europe , au 
moment où je publiai la profession de foi du Vi- 
caire savovard , et on verra qu'il était plus que 
I rdbabîe qu'elle produirait partout le plus grand 
bien. 

La religion decïëdîtée en tout lieu par la phi- 
losophie, avait perdu son ascendant jusque sur le 
peuple. les gens d'église, obstinés à letayer par 
son roté faible, avaient laissé miner tout le reste, 
et l'édifice entier portant à faux , était prêt à 
s'écrouler. Les controverses avaient cessé , par- 



a 1,1 Français, il 

ce qu'elles n'intéressaient plus personne, et la | 
léguait entre lus différens partis, p nul 

louciait plus du sien. Pour < u i h 

vaises branches, ou avait aubatu l'arbre , i: 
n'y laisser que le iront. 

Quel moment plus heureux pour él 
ment la paix universelle, que celui ou l'an] 
dus partis suspendue , laissait tout Le 

mter la raison 1 A qui pouvait d< 
un ou\ il , sans blâmer, du moins sans ex- 

clure peisonne, on faisait voir qu'au fond , : 

ont d'Accord; que tant de dissintions ne s'étaient 
élevées, que tant de sa\}g n'avait ete vers 
} - iur des mal-entendus; que chacun de ail 
en repos dans son culte , sans troubler celui 
autres i que partout on devait servir Dieu, \ 
prochain, obéir aux lois, et qu'en cela 
consistait l'essence de toute bonne rei 
établir à la fois la liberté philosophj | 
religieuse ; cotait concilier ; de loi 

les égards pour les preju^s d autrui; c'ota:; . 

' les divers partis, l*?s ramener tous au terme 
îmuH de l'humanité et de la rai 
citer des querelles, c'était couper la racine à a 
qui germaient encore ; c'eiait , en un mot , dans 
ce siècle pacinque par in< uer a i 

cm des raisu.'is très I être toujours ce 

t , S - sav./ir ; 
Que de maux . point ] 

. inîeas éta i i 

? un , non , pas iul J 

qu'on m'en montre un seul pr< ei 

possible ; si ( ï 1 nité d« \s 

centes , et llmpui sance d > pei i urs. 
Si la France eut professé la religion d i ) 



22 J. J. R O U S S E A U 

savoyard, celte religion si simple 6t si pure, qui 
fait craindre Dieu et aimer les hommes; des fleuves 
de sang n'eussent point si souvent inonde ltjs 
champs français ; ce peuple si doux et si gai n'eut 
point étonné les autres de ses cruautés dans tant 
de persécutions et de massacres , depuis l'inqui- 
sition de Toulouse, jusqu'à la Saint-Barihelemy , 
et depuis les guerres des Albigeois , jusqu'aux. 
Dragonnades; Le conseiller Anne Oubourg n'eut 
point été pendu pour, avoir opiné à la douceur 
envers les reformés; les habita ns de Alerindol et 
lie Cabrières , n'eussent point été mis à mort par 
arrêt du parlement d'Aix , l'innocent Calas torturé 
par les bourreaux , n'eut point peii sur la roue. 
Enfin , pendant votre révolution , les flots ensan- 
glantés de \à Loire , n'eussent point été arrêtes 
dans leurs cours par les innombrables victimes de 
Carrier] et la Guiane n'eut point ete peuplée des 
ministres de la religion catholique. 

Une circonstance malheureuse , en arrêtant 
l'effet de mes bons dessins, rassembla sur ma tête 
tous les maux dont je voulais délivrer le genre 
humain. Grâces au ciel! un héros ; un sage, un 
ami de l'humanité, vient d'exécuter ce que j'avais 
entrepris, et la profession de foi du \ icaïre savoyard 
est devenue celle du Gouvernement français. 

Mes ennemis vont encore me dire que je con- 
tinue à soutenir des paradoxes, et à donner mes 
rêveries pour des vérités ; je vais donc leur dé- 
montrer que les principes du Gouvernement fran- 
çais , sur la religion , ne diffèrent en rien de ceux 
que j'ai établis. Le citoyen Portails , orateur du 
Gouvernement , dans sou discourss sur l'organisa- 
des cultes , établit comme points fend n : 

,i.° Que quoique l'idée de l'existence, de Dieu 



a o x Franc ai s. 2^ 

soit innée en nuus , et que la voii i ; 

la conscience nous er ce qui est 

jusîK d 1 e nui ne l'est pa 

pas a I ! mmé vivant en s<x 

né 1 nt une religion po ntv 

2° Que lus luis ! Laines , qu< Iques 
qu'elles soient , no sauraient régler le cœui 
l'Jioinmo , et qu'il faut nécessairement que l'au- 
torité divine intervienne ; 

Que le peuple a des coutumes, drs ' 
tudes religieuses , qu'un sage législateur doit res- 
pecter ; 

Que , Lien loin que les principes de la 
philosophie moderne puissent suppléer aux lois 
de la religion , ils rompent le lien social , en con- 
duisant l'homme à l'athéisme , et , par-là même , 
a l'oubli de tous les devoirs du citoyen ; 

5.° Que la religion chrétienne est sublime et 
divine dans sa morale ; 

6.° I s Ministres de la religion don ! 

sur - tout , s'occuper à enseigner les devoirs 
l'homme ei du citoyen , la : cœur , les 

miséricorde , la confiance , la résigna- 
tion , la ace, l'oubli des injures, le pai 
des ennemis , la fraternité universelle , l'union 
du genre humain par ia charité ; et renoncer a 
tciî , ; sur i e dogme , 
tou ; iuses ; 

7. ' on et 1 int 

fléaux les plus ten ; eus ; 

Que li 11 ) | f in- 

d'une noui ns (*éta 

S qu'il est I protéger également 

toute 5 qui sonl établies ; 

q.° Que le Gouverne peut et doit sur. 



Il 4 J. J. Rousseau 

le culte extérieur; mais qu'il ne peut jamais, 
pas plus que les ministres des cultes , scruter 
ïes consciences ; ce droit n'appartenant qu'à Dieu 
seul ; 

io.° Que les ministres d'aucun culte ne peu- 
vent former un corps séparé dans l'état; membres 
du souverain , ils restent soumis à toutes ses lois ; 
ils ne peuvent se mêler de letat civil de leurs- 
concitoyens > à moins qu'ils n'en soient chargés 
par le Gouvernement ; 

ii.° Qu'aucune religion ne doit donner deux 
chefs à 1 état ; 

i2.° Qu'en supprimant les légions de moines r 
aussi onéreuses à l'état, qu'inutiles à la religion; 
on doit assurer une existence honnête aux officiers 
de morale. 

Il ne me sera pas difficile de prouver que tous 
ces principes sont établis dans mes ouvrages. J'ai dit; 
emiiie J'apperçois Dieu partout dans ses ouvrages , je 
le sens en moi , je le vois autour de moi. Il est 
un livre ouvert à tous les yeux, c'est celui de la 
nature. C'est dans ce grand et sublime livre que 
j'apprends à connaître et à adorer son divin auteur. 
Nul n'est excusable de n'y pas lire , parce qu'il 
parle à tous les hommes un langage intelligible 
à tous les esprits. 

Si la matière mue me montre une volonté , la 
matière mue , selon certaines lois, nie montre une 
.intelligence. Agir , comparer 3 choisir , sont des 
opérations d'un être actif et pensant : donc cet 
être existe. Où le voyoz-vous exister l non-seule- 
ment dans 1-js cieux qui roulent, dans l'astre qui 
nous éclaire , non- seulement dans moi - même , 
mais dans la brebis qui paît , dans l'oiseau qui 
vole , dans la pierre qui tombe , dans la feuille 
quçmpoyte le veut. 



Uv. 4. 



AUX F R A N Ç A I 5. 4 f 

A quels yeux non prévenus l'ordre sensible de 
l'univers n'annonce-t-il pas une suprême mi ; 
gence , cl que de sophismes ne faut-il pas i 
lasser, pour méconnaître l'harmonie des êtr< 

Qu'on me parle tant qu'on voudra de combi- 
naisons et de chances ; ou peut n : réduire a 
silence , mais jamais m 'amener à la persuasion, 
Qu'un homme vienne me dire, qu'en projettaut 
au iiasard une multitude de caractères d'imprU 
znerie , il a vu l'Enéide toute ai , résulter 

île ce jet; au lieu d'aller vérifier cette merveille, 
je lui repondrais froidement, monsieur vous meniez. 

Le monde , dit -on , s'est arrangé fortuitement 
comme la république romaine: pour que la partie 
int juste , il faudrait que la i • I [iqu ; romaine 
n'eut pas été compose , mais 

avec des morceaux de bois. Qu'on me mom 
clairement et • meni la purem 

matérielle du premier être intelligent ; et je ne 
tande r}en de plus. 

(1 n'y .i | is un être dans l'univers qu'on 
• ;e , à quelque égard, regarder comme le 

itre commun de tues les autres, au tour du 
quel ils sont i .es. L'esprit e confond 

et se perd dans cette inanité de ra] , dent 

pas \u\ n'est confondu , ni perdu I il . 

absurdes suppositions pour déduire foute 
e harmonie de l'aveugle nu la 

matière mue fortuitement ! Ceux qui nient | 
nite d'intention qui se manifeste d^\iï . art 

toutes les parties de ce grand tout, ont b< 
coui rii nias d'o , d< 

tion , de p i : lux , de ternjK s • 

rrutiqu< : i ;eni , il in'i 

de l . .e si consume 



26 J, J. Rousseau 

ordonnés , que je ne conçoive une intelligence 
qui l'ordonne. Il ne dépend pas de moi de croire 
que la matière passive et morte a pu produire 
des êtres vivans et pensans ; qu'une fatalité aveugle 
a pu produire des êtres inlelligens ; que ce qui 
lie pense point a pu produire des êtres qui pensent. 

L'expérience et l'observation nous ont fait con- 
naître les lois du mouvement : ces lois détermi- 
nent les effets sans montrer les causes; elles ne 
suffisent point pour expliquer le système du monde 
et la marche de l'univers. 

Descartes avec des dés formait le ciel et la 
terre ; mais il ne put donner le premier branle 
à ces dés , ni mettre en jeu sa force centrifuge, 
qua l'aide d'un mouvement de rotation. Nerrtort 
a trouvé la loi de l'attraciion ; mais l'attraction 
seule réduirait bientôt l'univers en une masse 
immobile : à cette loi , il a fallu joindre une 
force projectile, pour faire décrire des courbes 
aux corps célestes. Que Descartes me dise quelle 
loi physique fait tourner ses tourbillons ; que 
Neirton rue montre la main qui lança les planètes 
sur la tangecte de leurs orbites. 
Sniile. En méditant sur la nature de l'homme, j'y dé- 
couvre deux principes distincts , dont l'un l'élève 
à l'étude des ventés éternelles, à l'amour de la 
justice et du beau moral ; et l'autre le ramène 
bassement en lui-même, l'asservit à l'empire des 
sens , aux passions qui sont leurs ministres , et 
contrarie par elles tout ce que lui inspire le sen- 
timent du premier. 

Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immaté- 
TÏalité de l'ame , que le tiiomphe du méchant 
et l'oppression du juste en ce monde ; cela seul 
jn'empêcherait d'en douter. Une si choquante dis- 



AUX FR AN Ç A T S. 

sonnance dans l'harmonie univi rait 

chercher à la résoudre , je me dirais , tout ne 
i nous avec la vie, tout rentre 

1er. 'il- à la mort. J'aurais à la vérité l'embai 
de me cl 1er j où est L'homme , quand tout 

ce qu'il a\ il i': sensible ési d M it ! C< tte ques- 
tion plus nue difficulté , si tôt que je re- 
( mais deux substances. Il est très - simple que 
durant ma vie corporelle, n'appercevant rien que 
par nies sens, ce qui ne leur est point soumis, 
m'échappe. Quand l'union du corps et de l'a me 
est rompue , je conçois que l'un peut se dissoudre 
el l'autre se conserver. Pourquoi la destruction 
de l'un entrainerait-elle la destruction île l'autre? 
Au contraire , étant de natures si différentes , 
ils étaient j ar leur union dans un état violent; 
et quand cette union c esse , ils rentrent tous 
deux dans leur ( : iat naturel. La nce active 
et vivante toute la force qu'elle employait 
à mouvoir la substance passive. 

Je n'ai qu'à me consulter sur co que je veux 
faire : tout ce que je sens être Lien, en bien; 
tout ce que je sens «'ire mal, eu ma!: le meiî- 

ar de mus I- i c« suistes , i n la i ace , et 

ce n'est que quand on marchand - elle , 

qu'on a recours aux subtilités du raisonnement. 

Le premier de tous les soins est celui de soi- 
: ( • pen lant , < ombien de fois la voix h 

\i\ , qu'en faisant notre bien aur 
dépens d'autrui , nous faisons mal ! Nous ( vous 
suivre l'impulsion de la nature , et nous lui ré- 
sistons : en écoutant ce qu i lie dit a nos 
nous méprisons (• 

actif obéit, l'êi de. La < 

est la voix de lame , les passions sont la vpix du 



2% J. J. Rousseau 

corps , est-il étonnant que souvent ces deux lan- 
gages se contredisent , et alors lequel faut - il 
écouter ? Trop souvent la raison nous trompe , 
nous n'avons que trop acquis le droit de la ré- 
cuser , mais la conscience ne trompe jamais. 

Toute la moralité de nos actions est dans le 
jugement que nous eu portons nous-mêmes ; s'i( 
est vrai que le bien soit bien, il doit l'être au 
fond de nos cœurs , comme dans nus œuvres ; 
et le premier prix de la justice est de sentir 
qu'on la pratique. 

Rentrons en nous-mêmes , examinons tout in- 
térêt personnel à part , £ quoi nos penchans nous 
portent? Quel spectacle nous flatte le plus, celui 
des tournions ou du bonheur û'autrui l Qu'est-ce 
qui nous est le plus doux à faire , et nous laisse 
une impression plus agréable après l'avoir fait , 
d'un acte de bienfaisance, ou d'un acte de méchan- 
ceté ? Pour qui nous intéressons - nous sur nos 
théâtres ? Est-ce aux forfaits que nous prenons 
plaisir ? Est-ce à leurs auteurs punis que nous 
donnons des larmes ? S'il n'y a rien de moral 
dans le cœur de l'homme , d'où lui viennent donc 
ces transports d admiration pour les actions hé- 
roïques ? Cet enthousiasme de la venu , quel rap- 
port a-til avec notre intérêt privé! Pourquoi vou- 
drions-nous être Galon qui déchire ses entrailles , 
plutôt que César triomphant ? 

L'iniquité ne plaît qu'autant qu'on ou profite ; 
dans tout le reste , on veut que l'innocent soit 
protégé. Voit-on dans une rue ou sur un chemin 
quelque acte de violence et d'injustice : à l'ins- 
tant, un moment de colère et d'indignation selèvo 
au fond du cœur , et nous porte à prendre la 
défense de 1 opprimé : au contraire , si quelque- 



Ml V X V r a M Ç a i li *$ 

nz\o (V clémence ou de générosi nos v ;us, 

quelle mou, quel amoiu il doUs inspir< 

qui ne se dit pas: jen voud ivoit 

tait autant! Il nous imp rte urement I ;t peu 

ii homm€ a - l ou juste ii y a Jeux 

ependant le même intérêt noui 
* l'histoire ancienne , q te si t * »i i t ceîa 
ié de nos jours. Que nous font les cri- 
; atilina t Avons-nous peur d'être sa vio* 
l'une ? Pourquoi donc a\ons-nous de lui la même 
horreur que s'il était notre contemporain ? Nous 
ne haïssons pas seulement les méchans parce qu'ils 
nous nuisent, mais parce qu'ils sont méchans. Non- 
seulement nous voulons être heureux , nous vou- 
lons aussi le bonheur d autrui : et quand ce bonheuf 
ne coûte rien au nôtre , iî l'augmente. Knfin , 
Ton a, malgré soi, pïtîi infortunés; quand 

on est témoin de leur mal , on en souffre. Les 
plus pervers ne saurait rdre tout-à-fait ce pen- 

chant : met en contradiction avec 

eux-mêmes. I. dépouille les passans , 

courre encore la nudité du pauvre; et le plus fé- 
roce assassin soutient un homme tombant en dé- 
faillance. 

Jettons les yeux sur toutes les nations du monde; 

parcourons , ites: parmi tant de cultes 

inhumains rres, parmi cette prodigieuse di- 

mœurs uverons 

partout les i - de justice et d'honnêi 

do moi de , partout 
[es et du mal. 

L'ancie , i i t a des dû ux ah 

pables qu'on eut puni ici-bas comme de 
rats, et qui n'ofTraienl poui lu bonheur 

suprême , que dts forfaits à comi * 



3o J. J. Rousse a u 

passions à contenter : mais le vice armé d'une 
autorité sacrée , descendait en va in du séjour éter- 
nel , l'instinct moral le repoussait du cœur des 
humains. 

En célébrant les débauches de Jupiter , on 
admirait la continence de Xenecrate ; la chaste 
Lucrèce adorait l'impudique Vénus ; l'intrépide 
Romain sacrifiait à la peur ; il invoquait le dieu 
qui mutila son père , et mourait sans murmure 
de la main du sien : les plus méprisables divi- 
nités , furent servies par les plus grands hommes. 
Il est donc au fond des âmes , un principe inné 
de justice et de vertu , sur lequel , malgré nos 
propres maximes , nous jugeons nos actions et 
celles d'autrui , comme bonnes ou mauvaises ; et 
c'est à ce principe que je donne le nom de 
conscience. 

A ce mot, j'entends s'élever de toutes parts la 
clameur des prétendus sages: erreurs de l'enfance, 
préjugés de l'éducation , s ecrient-iîs tous de con- 
cert ? Il n'y a rien dans l'esprit humain que ce 
qui s'y introduit par l'expérience, et nous ne ju- 
geons d'aucune chose , que sur des idées acquises. 
Ils font plus ; cet accord évident et universel de 
toutes les nations, ils l'osent rejetter ; et contre 
l'éclatante uniformité du jugement des hommes, 
ils vont chercher dans les ténèbres quelque exemple 
obscur et connu d'eux seuls , comme si tous les 
penchans de la nature étaient anéantis par la dé- 
pravation d'un peuple , et que si tôt qu'il est des 
monstres , l'espèce ne fût plus rien. O Montaiçnel 
loi qui te piques de franchise et de vérité, sois sin- 
cère et vrai , si un philosophe peut l'être , et dis- 
moi : s'il est quelque pays sur la terre, ou ce soit 
un crime de garder sa foi D d'être clément , bien-; 



ÀUtF HANÇAti.' ?>i 

faisant, généreux, ou L'homme de bien soit mépri- 
sable , et le perfide honoré! 

Chacun, dit-on, concourt au bien public pour son 
inti rêi ; mais d'où \ ieni donc nue le ju >te > i oncourt 
iréiudice? Qi 'est-ce qu'aller à la mon pour 
intérêt? Sans doute, nul n'agit que pour son 
bien ; mais s'il n'est un bien mural dont il iaut 
tenir compte, on n'expliquera jamais par l'intérêt 
propre, que les actions du méchant. 11 est même 
a croire qu'on ne tentera point d'aller plus loin; 
il une trop abominable philosophie nue celle 
OÙ l'on serait embarrassé des actions vertueuses; 
cm l'on ne pourrait se tirer d'affaire , qu'en leur 
controuvant des intentions basses et des motifs 
sans vertu ; où l'on serait forcé d'avilir Sacrale 
f | Je- calomnier RégulllS. Si jamais de pareilles 
doctrines pouvaient germer parmi nous , la voix 
de la nature, ainsi nue celle de la raison, s'élè- 
veraient incessament contre elles, et ne laisseraient 
jamais à un seul de leurs partisans , l'excuse de 
: de bonne foi. 

Conscience! conscience! instinct divin; immor- 
telle et céleste voix ; guide assuré d'un être igno- 
rant er borne, mais intelligent et libre; juge in- 
faillible du bien et du mal , qui rends l'homme 
à Dieu ; c'est toi qui fais l'excellence 
de la nature et la moralité de ses actions : sans 
. je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus 
, que le triste privilège de m égarer 
d'erreurs en erreurs , à l'aide d'un entendement 
I d'une raison sans principe. 
rreurs de notre âge, est d'empl 
la raison trop nue, comme si les hommes n'étaient 
qu'esprit. On a beau vouloir établir la vertu par 
la raison ^eule , quelle solide base peut - on lui 



i> J. J- Rousse A v 

donner ? La vertu, «lit-on , est l'amour de 1 or a 
mais cet amour peut-il donc et doir-ii remporter 
sur moi , sur celui de mou bien - être ? Dans le? 
fond , ce prétendu principe est un pur jeu de 
mots ; car on peut dire aussi que lo vice est l'a- 
mour de Tordre, pris dans un sens différent. Il 
y a quelque ordre moral partout où il y a sen- 
timent et intelligence. La différence est que le 
"bon s'ordonne par rapport au tout , et que le 
méchant ordonne le tout par rapport à lui. Gelui- 
ri se fait le centre de toutes choses , l'autre 
mesure son rayon, et se lient à la circonférence. 
-Alors il est ordonné par rapport au centre com- 
mun qui est Dieu , et par rapport à tous les 
cercles concentriques qui sont les créatures. Si la 
divinité n'est pas , il n'y a que le méchant qui 
raisonne , le bon n'est qu'un insensé. Combattus 
sans cesse par nos sentimens naturels qui par- 
îcmt pour Tiatérot commun , et par la raison qui 
rapporte tout à nous , nous flotterions toute la vie 
dans cette continuelle alternative , si des nouvel- 
les lumières ne venaient éclairer notre cœur. L'ou- 
bli de toute religion conduit à l'oubli des devoirs 
de l'homme. 

Un heureux instinct me porte au bien , une 
Tiolente passion s'élève , elle a sa racine dans le 
même instinct ; que ferai-je pour la détruire , et 
lequel au fond m'importe le plus de mon bonheur 
au dépens du reste des hommes , ou du bonheur 
des autres au dépens du mien ? Si la crainte dé 
la honte ou du châtiment m'empêche de mal 
faire pour mon profit , je n'ai qu'à mal faire 
secret , la vertu n'a plus rien à me dire , rt si 
]e suis surpris en faute , on punit comme à Sparte , 
non le délit , mais la mal-adresse. Enfin que lé 

caractère 



A r X F R a N Ç A i 

re ei l'amour du beau soit ertipîi 
fond • " i - ; ti ma règle de ci I 

[u'il ne s«t;i pas «! 
assurer de d ; 

c ■ n«- éfligi ieure , qui i rit 4 

parmi les êtres sensibles , de mo lèle auquel on 
puisse la comparer! Ne sait-on pas que les ai- 
dons désordonné >s corrompent le jugement 
ainsi que la volonté, et que [a conscient 
1ère et se modifie insensiblement dans i 

dans chaque peuplé , dans ch 
vidu , suivant l'inconstance et la variéi les i 

i I Ad ; ) I être éternel , gt d'un s 
détruisons ces fantômes de raison qui n'ont 
qu'une vaine apparence , et fuyent comme une 
ombre devant l'immuable vérii 
Supposons un cœur honnête en proie aux pas- 
les plus terribles ; l'image abstra 
vertu qui dans le calme s'y peint si ravissant ,ofte?iiU< 
n'y | '-elle rien de ses charmes , n ter- 

nira-t ■ ;î point au milieu des flots ? Ecartons la 
position décourageante et terri qui 

peuvent tenter la vertu mise au • r. Suppo- 

sons seulement qu'un cœur tïop ser rûle 

d'un amour involontaire pour la e 

»n ami , qu'il soit maître d'< n ; 
ire le ciel qui n'en voit rien , et lui qui n'en 
i< -i dire à personne ; que r 

i attire orn ■ tous les atti la 

et de la volup m où .- 

I 
^mage a de la vertu \ 

son i ; t réel qui 1< 

11 i la pi ! 

çhera-t-elle de* 

G 



34 J. J. R O V S S Ë A U 

livrer à la vaine cçntemplation d'un fantôme qu'il 
sait être sans réalité ? Fuifa-t-il comme Joseph , 
et laissera-t-il son manteau ? Non , il fermera les 
j x et su era. Le moyen de résister à des 

tentations violentes , quand on leur céder 

rainte , en se disant , à quoi bon résister l 
Pour être vertueux , le philosophe a besoin de 
lei e aux yeux des hommes ; mais sous les yeux 
de Dieu , le juste est bien fort 1 11 compte cette 
vie , et se? biens et ses maux pour si peu de 
chose ! Il apperçoit tant au-delà ! Le vrai croyant , 
qui se sent partout sous l'œil éternel , aime à 
morer à îa faci du ciel d'avoir rempli ses de- 
voirs sur la terre. 1 Dans le système de la religion, 
C ; dire des peines et des récompenses de l'au- 
tre vie , nous voyons que l'intérêt de plaire à 
l'auteur de notre être et au juge suprême de nos 
actions , est d'une importance qui remporté sur 
les plus grands maux , et en même temps d'une 
pureté qui peut ennoblir les plus sublimes de- 
voirs. La loi de bien faire est tirée de la raison 
r\ irae , et le chrétien n'a besoin que de logique 
Emile, pour avoir de îa vertu. En proie à la douleur v 
LiV - 4> il la supporte avec patience , en songeant qu'elle 
esr passagère et qu'elle vient d'un corps qui n'est 
poini à lui. S'il fait une bonne action sans té- 
moin , il sait qu'elle est vue , et il prend acte 
poiir l'autre vie , de sa conduite en celle-ci. En 
souffrant une injustice , il se dit : l'être juste 
qui régit tout , saura bien m'en dédommager. 
C'est un orgueil vraiment digne de la vertu, 

M. t de pouvoir dite à Dieu : tri oui lis dans mon 

cœur , tu vois que j'use en anie fente , et en 

homme juste , de la liberté • ue tu ri née. 

HéTokc* ^ e combien de douceurs, n'est pas privé, ce- 



A M X F R A fl AT S. 
a qui 1 i ligion manque ? Quel scntinu nt 
peui l< dans ses peint I tel specta- 

tcui : les 1j actions qu'il fait en se- 

! Q t'elle voix peut parler au fend de son 
âme ? Quel prix peut-il attendre de sa venu l 
Comment doit»il envisager ta mon ? 

Suj je à M. r * * *. Le genre hu- 

main vieillit ji! ' I ■ plus cnmpl» t 

matérialisme , sans nue jamais idée de divini 
ni daine soit entrée dans a i esprit humain, 

que l'athéisme philosophique, ait épi 
> systèmes pour expliquer la formation et 
la marche de l'univers par le seul ma- 

I et dit mouvement ru , mot auquel au 

; je n'ai jamais rien conçu. Supposons encore 
ce qu'on a toujours vu , qu'au lieu de se repose! 
tranquillement clans ces ~ $ , comme dans le 

: de la vérité , lei :s partisans dur- 

it sans cesse à paii- . leur doctrine , à 

aircir , à l'étendre , à l'expliquer , à la pal- 
rig r , et comme it trem- 

bler sous ses pieds la maison qu'il habite , à 
I j ii de i argumens. Terminons enfin 

is parcelles d'un Platon qi ait 

, u deux , leur eut dit : m s 

amis i si vous \ comm analyse de cot 

univers êmes z 

•ire , la clef de la 
r que \o\\< ( lu r- 

chea la i qu'ensuite leur expliquant 

la iix substances , il leur eut 

te de la mati( 
/ i he , Ja ition de ia 

une véritable 
qu'il leur eut lait voir qu'elle est la nature dç 

C 4 



J. J. Rousseau 
l'être vraiment actif et pensant, et que de l'éta- 
blissement de cet être qui juge, il fut enfin re- 
nier; te aux notions sures de l'être suprême : qui 
louter que, frappés de l'éclat, de la simpli- 
cité , de la vérité , de la beauté de cette ravis- 
te idée , les mortels jusqu'alors aveugles , cclai- 
des premiers rayons de la divinité , ne iui 
eussent offert , par acclamation , leurs premiers 
] ommages , et que les penseurs surtout , et les 
philosophes , n'eussent rougi d'avoir contemplé si 
] h -î mps les dehors de cette machine immen- 
se , sans trouver , sans soupçonner même la clef 
de sa constitution , et toujours , grossièrement 
borné- par leurs sens , de n'avoir jamais su voir 
que matière , où tout leur montrait qu'une autre 
substance donnait la vie à l'univers , et l'intelli- 
:ce à l'homme ? C'est alors que la mode eut 
pour cette nouvelle philosophie , que les jeu- 
nes gens et les sages se fussent trouvés d'accord, 
qu'une doctrine si belle, si sublime, si douce et 
si consplan e ur tout homme juste, eut réelle- 
ment excité tous les hommes à la vertu , et que 
ce beau mot d'humanité rebattu maintenant jus- 
qu'à la fadeur , jusqu'au ridicule , par les gens 
du les moins humains , eut été plus em- 

ns les cœurs que dans les livres. Il eut 
donc suffi d'une simple transposition de temps pour 
faire prendre tout le contre- pied à la mode philo- 
ue , avec cette différence que celle d'aujour- 
d'hui , malgré son clinquant de paroles , ne nous 
promet pas des philosophes bien vertueux. 

land les philosophe* seraient en état de dé- 
couvrir la vérité, qui d'entr'eux prendrait intérêt 
4 ' à elle ? Chacun sait bien que son système n'est 
pas mieux fondé que les autres , mais il le sou- 






AUX F R A N Ç A I S. 

tient parce qu'il est à lui. Ou i 

qui poill ^a gloire ne ir 

genre humain ? Ou est celui qui 

son * . 

tinguer ? Chez lus cioyans, il , ch z 

alliées , il serait cro\a '. v 
clamateurs , vont de tuus cotes, armes de 1< 
funestes paradoxes, sappant h 

foi , et anéantissant la venu , non qu'au 
ils haïssent la vertu ni u l'o- 

pinion publique qu'ils sont i 
ramener au pied des autels , il suffi] 

ter parmi les athées. J'ai feuilleté leurs 
j'ai examiné leurs div< 

trouves T «"s , affirma! ;mariqu< e dans 

leur scepiie : sme prétendu , n'ignorant rien , ne 
prouvant rien, se moquant les un; des auti 
et ce point commun a u parai le seul 

leqm ! ut tous raison. 

Quelles sont les leçons de ces amis de la sa- 
gesse ? A 1 ndre , ne les prendrait-on pas 
pour une troupe de charlatans , criant c 
son coté , venez à moi , c'est moi qui ne 
point : l'un prétend qu'il n'y a point de 
et que tout est en repr^s^ntatkm ; l*« utre qu'il 
:i d'autre substance que la matière , c lui-cî 
avance qu'il n'y a ni l ni vices y ec qui 
• mal moral sont des ch 

•me , i nt dan ■ 

couu ries des 

hautain prétexte qu'eux sévis j 
vrais , de ! -i , ils nous SOum< tl 

; . i 
: n nous vra 

choses , les inj blés sj 

C 



3-me 



3S J. J. Rousseau 

tis dans leur imagination ; du reste renversant i 
détruisant , foulant aux pieds tout ce que les 
hommes respectent , ils ôtent aux affligés la dér? 
nière consolation de leur misère , aux puissans et 
aux riches le seul frein de leurs passions. 

Cet engouement d'athéisme qei distingue notre 
dialogue, siècle , est un fanatisme éphémère , ouvrage de 
la mode , qui se détruira par elle , et l'on voit 
par l'emportement avec lequel le peuple s'y livre, 
que ce n'est qu'une mutinerie contre sa conscience, 
dont il sent le murmure avec dépit. Cette com- 
mode philosophie des heureux et des riches , qui 
font leur paradis en ce monde , ne saurait être 
long-temps celle de la multitude , victime de leurs 
passions, et qui, faute de bonheur en cette vie, a 
besoin d'y trouver au moins l'espérance et les con- 
solations que cette barbare doctrine leur ôte. 
Des hommes nourris dès l'enfance dans une into- 
lérante impiété poussée jusqu'au fanatisme , dans 
un libertinage sans crainte et sans honte. Une 
jeunesse sans discipline , des femmes sans moeurs, 
tous les devoirs de la conscience anéantis , enfui 
nul autre lieu social que la force ; on peut pré- 
voir aisément ce qui doit bientôt résulter de cela... 
Mais on sentira tôt ou tard le fruit de ces nou- 
velles doctrines, et jugeant d'elles par leurs funes- 
tes effets , on prendra dans la même horreur et 
les professeurs et les disciples qui , laissant 1 em- 
pire absolu de l'homme à ses sens , et bornant 
tout à la jouissance de cette courte vie , rendent 
le siècle ou elles régnent aussi méprisable que 
malheureux. 

Ces sentimens innés que la nature a gravé 
dans tous l«s coeurs , pour consoler l'homme dans 
ses misères et l'encourager à la vertu , peuvent 



a ; v Franc a i s. 

à force d'art, d'intrigues et 
s dans les indn idus 

i l'homme à s 

: < me la 'd'en 

i\un-: ■ u ours le Ce s 

s 

.: que les philosophes admettent quand il leur 
( >t commode , et rejet! nt, quand il leur est im- 
portun , perce à trai .et 

crie à tous les cœui ce a une au ire 

de , et que I 

rien ici 
: ége dans un 1e difl , qu'on 

.che r n vain sur la 
être ranv ué\ n y a un 

-i , c'est sur r »ion. 

Le philosophe à foi vouloii xalter s 

intellig< r sur t 

t . , ' il i i tous 1 

•i simpl 
t< ujours sa 1 
vient à . .:! ; i i , à la 

fois . le et m lent 

t s'y ren- 
5 ces lim son 

ame et celle d< être ; cet i 

I un prodige , : 

. 

les dix - neu 
i . 

nom breuse de chan t ci 

■ US !o3 

p< u] - nr et rent J 

sa me 
lous i eraej s divers on t] 



Ci J. J. R O U S S E A U 

Les gouvernemens modernes doivent incontesta- 
blement à la religion leur plus solide autorité et 
leurs révolutions moins fréquentes. 

Tous les gouvernemens humains ont besoin d'une 
sur base plus solide que la seule raison , et il était 
rincgaiité. :l e Cessa j re au repos public que l'autorité divine 
intervint , pour donner à l'autorité souveraine un 
caractère sacré et inviolable. Quand la religion 
n'aurait fait que ce bien aux hommes, c'en serait 
assez, pour qu'ils dussent tous la chérir et l'adop- 
ter , même avec ses abus, puisqu'elle épargne 
encore plus de sang que îe fanatisme n'en fait 
couler. 
Préface de * >es coutumes sont la morale des peuples, et dès 
la cons. qu'il cesse de les respecter, il n'a plus de règle 
deNaïa. ^ uc ses p aS sîons , ni de frein que la loi, qui peut 
quelquefois contenir /es médians, mais jamais les 
rendre bons. Que ele restitutions, de réparations 
la confession ne fait-elle point faire chez les ca- 
tholiques ? Combien les approches de la communion 
n'opèrent-elles pas de réconciliations et d'aumônes? 
Que d 'œuvres de miséricorde sont l'ouvrage ele 
l'évangile ? 
. , Ce divin livre, le seul nécessaire à un chrétien, 

Au roi de ' 

Pologne, et le plus utile de tous , a qu'conque même ne 
le serait pas , n'a besoin que d'être médité , pour 
porter dans Pâme i'amuur de son auteur, et la vo- 
lonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu 
n'a parié un si doux langage, jamais la plus pro- 
f 0h ne s'est exprimée avec tant d énergie 

ei simplicité; on n'en quitte point la lecture 

sans - ntir meilleur qu'auparavant. 

Voyez les livres des philosophes avec toute leur 

ïmtf« : qu'ils sont petits près de celui-là ! Se 

v ' 4 ' peut-il qu'un livre à la fois si sublime et simple 



AUX F R A N Ç A T S. 4°, 

suit l'ouvrage des hommes? Se peut-il que celui 
l il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui- 
I Est-ce-là lé ton d'un enthoi ou d'un 

? Quelle douceur, qi :ans ses 

tout uante dan i ses instruc- 
tions] Quelle élévation dans ses maj 

se dans ses discours ! Quelle pré- 
rit, quelle finesse el quelle }l 
onses! Quel empire sur ses passions! Où 
est l'homme , ou f st le sage qui sait agir, souffrir 
et mourir sans faiblesse et sans ostentation ? Quand 
Platon peint son juste imaginaire, couvert de tout 
l'opprobre du crime , el de tout le prix 

de la vertu, il peint trait pour trait Jesiis-Chi 
la ressemblance pante, que tous les pères 

l'ont sentie, et qu'il n'est pas possil e tromper* 
Quels préjugés, quel av • ne faut-il point 

avoir pour oser comparer le fils de I -au fils 

de Marh! Qui de l'un à l'autre 1 So- 

crate mourant sans douleur, sat. ie , sou- 

tint aisément jusq et si 

cette facile mon n'eut honoré sa vie , on dou- 
Socrate av son esprit fut autre chose 

qu'un sophiste. 11 inventa dit-on la meule. D'au- 
avant lui l'avaient mise en pi ; il ne fit 

que dire ce qu'il* avaient fait ; il ne fit que 
I 1 leçons leurs exemples. Ai: , 

ut Jit ce que o'était que 
justice: / it mort pour sou pays ai 

que SocraU eut tait vu devoir d'aimer la 
te était sobre avant que St 
avant qu'il 

.eux. Mais où Jésus avait- 
il pris « cette morale » 
dont lui seul a donne les leçons et l'exemple I 



%S J. J. ROUSSEA U 

Les gouvernemens modernes doivent incontesta- 
blement à la religion leur plus solide autorité et 
leurs révolutions moins fréquentes. 
Discours T° us * es gouvememens humains ont besoin d'une 
"sur base plus solide que la seule raison , et il était 
Vincgaiité. n é cessa j re au repos public que l'autorité divine 
intervint , pour donner à l'autorité souveraine un 
caractère sacré et inviolable. Quand la religion 
n'aurait fait que ce bien aux hommes, c'en serait 
assez , pour qu'ils dussent tous la chérir et l'adop- 
ter , même avec ses abus , puisqu'elle épargne 
encore plus de sang que le fanatisme a'en fait 
couler. 
Préface de ^ es coutumes sont * a uicfale des peuples, et dès 
la cons. qu'il cesse de les respecter, il n'a plus de règle 
deNai«. q Ue ses passions, ni de frein que la loi, qui peut 
quelquefois contenir les médians, mais jamais les 
rendre bons. Que de restitutions, de réparations 
la confession ne fait-elle point faire chez les ca- 
tholiques ? Combien îes ( approches de la communion 
n'opèrent-elles pas de réconciliations et d aumônes ï 
Que d'œuvres de miséricorde sont l'ouvrage de 
l'évangile ? 
A > a* Ce divin livre, îe seul nécessaire à un chrétien, 

Au roi de 7 % A * 

Pologne, et le plus utile de tous, a qu'conque même ne 
le serait pas, n'a besoin que d'être médité, pour 
porter dans lame l'amour de son auteur, et la vo- 
lonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu 
n'a parié un si doux langage, jamais la plus pro- 
fonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie 
et de simplicité; on n'en quitte point la lecture 
sans le sentir meilleur qu'auparavant. 

Voyez les livres des philosophes avec toute leur 

Emile pompe ; qu'ils sont petits près de celui-là ! Se 

v * 4 ' peut-il qu'un livre à la fois si sublime et simple 



aux Français, 43 

soit l'ouvrage des hommes ? Se peut-il que celui 
dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui- 
même? Est-ce-là le ton d'un enthousiaste ou d'un 
sectaire ? Quelle douceur , quelle pureté dans ses 
mœurs ! Qu'elle grâce touchante dans ses instruc- 
tions ! Quelle élévation dans ses maximes ! Quelle 
profonde sagesse dans ses discours ! Quelle pré- 
sence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans 
ses réponses ! Quel empire sur ses passions ! Où 
est l'homme , ou est le sage qui sait agir , souffrir 
et mourir sans faiblesse et sans ostentation? Quand 
Platon peint son juste imaginaire, couvert de tout 
l'opprobre du crime , et digne de tout le prix 
de la vertu, il peint trait pour trait Jesus-Christ: 
la ressemblance est si frappante, que tous les pères 
l'ont sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper» 
Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point 
avoir pour oser comparer le fils de Soplironisque au fils 
de Marie ! Quelle distance de l'un à l'autre \ So- 
crate mourant sans douleur, sans ignominie, sou- 
tint aisément jusqu'au bout son personnage, et si 
cette facile mort n'eut honoré sa vie , on dou- 
terait si Socrate avec tout son esprit fut autre chose 
qu'un sophiste. Il inventa dit-on la morale. D'au- 
tres avant lui l'avaient mise en pratique; il ne fît 
que dire ce qu'il* avaient fait ; il ne fit que 
mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été 
juste avant que Socrate eut dit ce que c'était que 
justice : Léonidas était mort pour son pays avant 
que Socrate eut fait un devoir d'aimer la patrie; 
Sparte était sobre avant que Socrate eut loué la 
sobriété ; avant qu'il eut défini la vertu , la Grèce 
abondait en hommes vertueux. Mais ou Jésus avait- 
il pris chez les siens cette morale élevée et pure 
dont lui seul a donné les leçons et l'exemple l 



r 44 J. J. Rousseau 

Du sein du plus furieux fanatisme , la plus haute 
sagesse se fit entendre, et la simplicité des plus 
héroïques vertus, honora le plus vil de tous les 
peuples. La mort de Socrnte philosophant tran- 
quillement avec ses amis , est la plus douce qu'on 
puisse désirer; celle de Jésus expirant dans les tour- 
mens, injuriée, raillée, maudit de tout un peuple, 
est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate 
prenant la coupe empoisonnée , bénit celui qui 
la lui présente et qui pleure; Jésus, au milieu 
d'un supplice affreux , prie pour ses bourreaux 
acharnés. Ouï , si la vie et la mort de Socrate 
sont d'un sage , la vie et la mort de Jésus sont 
d'un Dieu. Dira-t-on que l'histoire de l'évangile 
est inventée à plaisir? Ce nest pas ainsi qu'on in- 
vente ; et les faits de Socrate , dont personne ne 
doute, sont moins attestés que ceux de Jesus-Christ- 
Au fond, c'est reculer la difficulté sans la détruire; 
51 serait plus inconcevable que plusieurs hommes 
d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est 
qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des au- 
teurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton, ni cette mo- 
rale , et L'évangile a des caractères de vérité si 
gra ids , si frappans , si parfaitement inimitables, 
que l'inventeur en serait plus étonnant que le 
héros. 

Mais je vois mes ennemis me demander avec 
un sourire sardonique: comment on peut accorder 
cette doctri le , avec celle d'un homme qui dit : 
que L'évangile est absurde et pernicieux à la société ? 
En avouant franchement que cet accord me parait 
difficile , je leur demanderai à mon tour où est 
cet homme qui dit que l'évangile est absurde et 
pernicieux? Mes ennemis m'accusent de l'avoir dit; 
et ou ? dans le contrat social au chapitre de la 



A \' y; Y R A X C A T < 45 

• civile. Voilà qui est singulier! Dans ca 

même livre, et dans ce même chap 1 , je pei e 

1 dit | te contraire: je pense avoir 

tlit que le> wblime et le plus fort lien de 

il 

chapitre est destiné, comme on le voij j ar 

lo i 1 it les institutions re- 

■ uses peinent entrer dans la constitution de 

'. Ainsi, ce ''oui il s'agit , n'est point de COU- 

1 les ' as comme vraies ou fausses , ni 

né comme bonnes ou mauvaises en ellcs-méi 
ma s considérer uniquement par leurs rap- 

ports aux corps politiques, et comme parties de 
la législation. 

Le christianisme, disais- je ^ est dans son prin- 
une religion un ai . : 1 d'ex- 

clusif, rien de local, rien d< e à tel pays, 

plutôt qu'à tel antre. S n divin auteur embrassant 
ilement tous les - ! ns sa charité sans 

bornes, est \enu lever la lanière qui séparait les 
nations, et réunir tout le genre humain dans un 
peuple de frères; car en tonle nation, celui qui le 
craint et qui s'addonne à la ,- lui est agréable* 

Act. V 35. Tel « •» le véri esprit de L'évangile. 

Ceux donc qui ont voulu faire du christianisme 
>n nationale, et l'introduire n par- 

tie constitu la h :'\ lation, 

ont fait p nuisilles, l'une à la 

religion, et l'a l'état. Us se sont écartés de 

pas de 

de li religion, ils onl souillé sa purel ste, 

ils 1 tyrans ei l'instrum 

persécuteurs. Ils n'ont ooins bl< 1 saines 

maximes de la politique, p . 1 lieu de sim- 



46 J. J, Rousseau 

plifier la machine du gouvernement , ils l'ont 
compliquée , ils lui ont donne des ressorts étran- 
gers, superflus j et l'assujettissait à deux mobiles 
«.iiiïerens, souvent contraires, ils ont cause les ti- 
jaillemens qu'on sent dans tous les états chrétiens, 
où l'on a fait entrer la religion dans le système 
politique. Le christianisme rendant tous les hom- 
mes justes, modères, amis de la paix, est très- 
avantageux à la société générale ; mais il énerve 
la force du ressort politique , il complique les 
mouvemens de la machine , il rompt l'unité du 
corps moral ; et ne lui étant pas assez approprié, 
il faut qu'il dégénère ou qu'il demeure une pièce 
étrangère et embarrassante. 

Cependant il importe que l'état ne soit pas sans 
religion , et cela importe par des raisons graves, 
mais il vaudrait encore mieux n'en point avoir, que 
d'en avoir une barbare et persécutante , qui , ty- 
rannisant les lois mêmes, contrarierait les devoirs 
du citoyen. 

Que doit donc faire un sage législateur dans cette 
alternative? De deux choses l'une. La première, 
d'établir une religion purement civile, dans laquelle 
renfermant les dogmes fondamentaux de toute bonne 
religion, tous les dogmes vraiment utiles à la so- 
ciété 5 soit universelle soit particulière , il omette 
tous les 'autres qui peuvent importer à la foi, mais 
nullement au bien terrestre unique objet de la 
législation ; car , comment le mystère de la tri- 
nité , par exemple , peut-il concourir à la bonne 
constitution de l'état ? En quoi ses membres se- 
ront-ils meilleurs citoyens ? Bien que le vrai chris- 
tianisme soit une institution de paix , qui ne voit 
que le christianisme dogmatique où theologique 
est , par la multitude et l'obscurité des ses dog- 



AUX F R A N ( | i c . 47 

; surtout par loi ' admettre , 

un champ de bataillo toujours uu\( rr en 
1mm • ela sans qu .» I iaiiou> 

ons, un p - nîr de nouvelles 

es ! 
L'autr< dient esi èr le chri me 

véritable < sprii , libre , dé- 
tout lien île chair, sans antre obligation 
Ile de la conscience, sans autre gêne dans 
les mœurs et les lais, La religion 
nne est , par la pureté de sa morale , fou- 
et saine dans l'état , pourvu qu'on n'eu 
une partie de sa constitution , pourvu 
il admise uniquement comme religion , 
• nt , opinion , croyance ; mais comme loi 
e , 1 hristianisnie dogmatique est un mau- 
iblissement. 
La 5i i i ce du ^alnt , et celle du gouvernement 
très -différentes : vouloir que la première em- 
brasse tout , est un fanati petit esprit; c'est 
comme les al hymistes qui , dans l'art de 
: de loi , voient aussi la médecine univer- 
; ou comme les Mahométans qui préten- 
dent trouver toutes les sciences dans VAlcoran, 
La doctrine de l'évangile n'a qu'on objet , i I 
et sauver tous les hommes ; leur liberté, 
ire ici bas itre pour lien , Jésus 
l'a dit mille fois. Mêler ai les vues ter- 
rer ■ • r sa lime , ( 
sou i 11' i ■ - ins. 

I..- droii que au souvé* i • -. 

rain sur ^» i s sujets , ne i les bornes de 

l'utilité publique : les sujet i compte 

■i de ! urs ©pi qu'autant que 

opinioos importent a la communauté. Or j! im- 



48 J. J. Rousseau 

porte bien à l'état , que chaque citoyen ait uns 
religion qui lui fasse aimer ses devoirs ; mais les 
dogmes de cette religion , aimé ni l'état ni 

ses membres , qu'autant que ces dogmes se rap- 
porteur à la morale et aux devoirs , que Celui qui 
les professe est tenu de remplir envers autrui. 
Chacun peut avoir au surplus , telles opinions 
qu'il lui plaît , sans qu'il appartienne au souve- 
rain d'en connaître ; car comme il n'a point de 
compétence en l'autre monde , quelque soit le 
sort des sujets dans la vie à venir , ce n'est pas 
son affaire , pourvu qu'ils soient bons citoyens 
<lans celle-ci. 

Dieu s'est réservé sa propre défense , et le 
châtiment des fautes qui n'offensent que lui. C'est 
un sacrilège à des hommes de s© faire les ven- 
geurs de la divinité , comme si leur protection lui 
était nécessaire. Les magistrats n'ont aucune au- 
torité sur les âmes ; et pourvu qu'on soit fidèle 
aux lois de la société dans ce monde , ce n'est 
point à eux de se mêler de ce qu'on deviendra 
dans l'autre , où ils n'ont aucune inspection. Si 
l'on perdait ce principe de vue , les lois faites 
pour le bonheur du genre humain , en seraient 
bientôt le tourment ; et sous leur inquisition ter- 
xible , les hommes jugés par leur foi plus que 
par leurs œuvres , seraient à la merci de quicon- 
que voudrait les opprimer. 

Il y a donc une profession de foi purement ci- 
vile dont il appartient au souverain de fixer les 
articles , non pas précisément comme dogmes de 
religion , mais comme sentimens de sociabilité , 
sans lesquels , il est impossible d'être bon citoyen , 
ni sujet fidèle. 

César plaidant pour CatiLina tâchait d'établir le 

dogme 



AUX F R A M Ç A ï S. 

tWme de la mortalité de l'âme : Catoti et C 
ton pour le réfutt-r , ne s'âmusèreni point à phi- 
losopher; ils se contentèrent de r que c, 

sar parlait en mauvais citoyen , et lit une 

doctrine pernicieuse à l'étal , <n effet voilà do 
quoi devait juger le sénat de Rome , et non dune 
question théologique. 

con&ndons point le cérémonial de la 
gion avec la religion ; le cult< inde 

est celui du coeui ; celui-là , qi and il i 
cère est toujours uniforme; Dieu vi 
esprit et en vérité , ce de\cir est 
5 , de tous les paj 

t au ci Ire i re uni- 

té , c'est purement ui lice. Je 

regarde toutes les religions particui me 

autant 'lions rivent 

i ift rme d'ho- 

public ; c 

climat , dans le 
goui e du peuple ou d 

qui rend l'un pi 
le à l'ai . et les Vu ex , je 

1 s crois toutes bonnes qui jr sert D eu con- 

:t. Le i du 

r , Di quand 

• t sincère, sous quelque I m soit 

rt. 
Plus de t la pi 

ils sont tous bons l rsqu'ils ; noux 

1 : I 

(•r i i i 1( i i a il 

Je ne i in- ,. 

religion 



. r o J. J. Rousse a u 

la permission du souverain ; car si ce n'est pas 
désobéir à Dieu , c'est désobéir aux lois , et qui 
desobéit aux lois , désobéit à Dieu. Quant aux 
religions une fois établies ou tolérées dans un 
pays , il est injuste et barbare de les y détruire 
par la violence. Le souverain se fait tort à lui- 
raurae en maltraitant leurs sectateurs. Il est bien 
différent d'embrasser une religion nouvelle 5 ou de 
vivre dans celle où l'on est né : le premier cas 
seul est punissable , on ne doit ni laisser établir 
vue diversité de cultes , ni proscrire ceux qui 
sont une fois établis ; car un fils n'a jamais tort 
de suivre la religion de sen père , la raison de 
tranquillité publique , est toute contre les persé- 
cuteurs. 

Je conviens, sans détour, qu'à sa naissance la 
religion reformée , n'avait, pas le droit de s'éta- 
blir en France malgré les lois; mais lorsque trans- 
mise des pères aux enfans , cette religion fut de- 
venue celle d'une partie de la Nation française , 
et que le prince eut solennellement traité avec 
cette partie par ledit de Nantes ; cet édit devint 
un contrat inviolable qui ne pouvait plus être an- 
nulle que du consentement des deux paities. . . . 
N'était-ce pas les détacher de l'état que les pri- 
ver même des droits de la nature , en annullant 
leurs mariages , en déclarant leurs enfans bâtards ; 
comme lorsque le parlement de Toulouse , dans 
«n arrêt concernant l'affaire de l'infortuné Calas , 
repr che aux protesrans de faire emr'eux des 
mariages ui/i , selon les prutesians , ne sont que des 
actes civils , et par conséquent soumis entièrement 
pour la forme et les ejels à la volonté du roi. 
Ainsi de ce que selon les protestans , le mariage 
est un acte civil > il s'ensuit qu'ils étaient obli- 



• 



A V X F R A N Ç A I 5. ' n 

; Je se soumettre à la ' q ai 

* aj ■ - r tenus 

d.r se Elire catholiques Jeu dirais trop 

faut me taire. 

S'il n'y a qu'une religion véritable , et que 
homme soit obligé de la suivre 
nation , il 

à les approfondir, à les comparer, à pi 
les i elles sont établi 

de ce premier devoir de l'h 
ne vit que de son w 

sait pas lire , la jeui ,:e et I 

l'infirme qui peut à peine sortir de son lit , tous 
sans ivent i i 

î» r , voyager , \ ireo . n nv aura 

plus ' t stable. La te i e 

examiner par , les c ; 

d'autre étude 

1 
saura-t-il d et 

quel | vivre. 

\ eut n r a 

on lui i 

partial , i, ■ 

d'un turc faiiait- il mal de suivre I djQ 

1) a 



J 2 J. J. Rousseau 

Sien ? Je défie tons 1 r: s intulérans du monde , dâ 
répondre à cela, rien qui contente un homme 
sens'é. 

Dans l'incertitude où nous sommes , c'est une 
inexcusable présomption de professer une autre re- 
ligion que celle où l'on est né , et une fausseté 
de ne pas pratiquer sincèrement celle que l'on pro- 
fesse. Si l'on s'égare , on s'ôte i-ne grande excuse 
au tribunal du souverain jure , ne pardon nera-t-il 
pas plutôt l'erreur où l'on fut nourri , que celle 
qu'où aura choisie ? 

Le devoir de suivre et d'aimer la religion de 
son pays , ne s'étend pas jusqu'aux dogmes con- 
traires à la bonne morale , tel que celui de lïn- 
tolérance. C'est ce dogme horrible qui arme les 
hommes les uns contre les autres , et les rend 
tous ennemis du genre humain. 

Ceux qui distinguent l'intolérance civile , et lin- 
Social! tolérance idéologique , se trompent : ces deux in- 
tolérances sont inséparables. Partout où l'intolérance 
théologique est admise , il est impossible qu'elle 
n'ait pas queîqu 'effet civil , et si tôt qu'elle en a , 
le souverain n'est plus souverain même au tempo- 
rel. Le mariage par exemple , étant un contrat 
civil , a des effets civils , sans lesquels il est même 
impossible que la société subsiste. Supposons donc 
qu'un clergé vienne à bout de s'attribuer à lui 
seul le droit de passer cet acte , droit qu'il doit' 
nécessairement usurper dans tome religion intolé- 
rante ; alors n'est-il pas clair, qu'en faisant valoir 
i propos l'autorité de , il rendra vaine celle 

du prince qui n'aura plus de sujets que ceux 
que le clergé voudra bien lui donner. Maître v!e 
marier ou de ne pas marier les gens , selon qu'ils 
admettront ou rejetteront tel ou tel formulaire. . 



1 



AUX F RANÇA1 S. 5S 

pas < lai r qu'il disposera seul d 
ges . i h rges , des citoyens , de ' 
q;ii n'étant compose que de bâtard , tait sub- 

r. 
Maint n int qu'il n'y a pli ut 

plus y avi r d : ' ;ion nati nal ■ • - 
lérer toutes celles qui tolèrent 1 
le .i ■ 
aux devoirs du citoyen; mais quicon 

Use p i " alui chassé 

: , à moins que l'état ne suit l'église et que 
ne soit Je j mtife. 
Dus ilo^nies à pros .' , l'intolérance est 
•culte le plus odieui , lis il faut la | - 
. sa soui\ e , car (es- fanal 
naires , çhaugent de 1 

i n ■• i r , que 

1 1 1 is 1 plus i 
i rant par r. , tout hon 

qu'on ne | re homme de bien , - 

tout ce qu'il croit , et damne ut 

ceux qui ne ] pas c< 

fidèles sont rare m ' 
en paix dans i 
croit vivre avec d< 
le métier diable. Quant 
qui 

i te tout 

plaît. Car on 

ne leur manque i . ; s . 

sont eui 

que i i oie 

. 

D 3 






54 J. J. Rousseau 

ose contrôler Yen te rieur des conscences où il ne sau- 
rait pénétrer , comme s'il dépendait de nous de 
croire ou de ne pas croire dans des matières ou 
la démonstration n'a point lieu ; et qu'on put ja- 
mais asservir la raison à l'autorité : tout gouverne- 
ment humain se berne par sa nature aux devoirs 
civils , et quand un homme sert bien l'état , il 
ne doit compte à pei sonne de la manière dont il 
sert Dieu. 

Ce qui m'intéresse moi et tous mes sembla- 
bles , c'est que chacun sache qu'il existe un ar- 
bitre du sort dus humains , duquel nous sommes 
tous les enfans , qui nous prescrit à tous d'être 
pistes , de nous aimer les uns les autres , d'être 
bienidisans et miséricordieux , de tenir nos enga- 
ge mens envers tout le monde , même envers nos 
ennemis et les siens ; que l'apparant bonheur de 
cette vie n'est rien , qu'il en est un autre après 
elle, dans laquelle cet être suprême sera le rému- 
iteur des bous , et le :03 médians. Ces 

nés er les dogmes semblables , sont ceux qu'il 
ligner à la jeunesse , et de persua- 
der à tous les citoyens ; quiconque les combat , 
niev , il est le perturba- 

teur de et l'ennemi de la ; : quicon- 

, et veut nous asservir à ses opi- 
is partie , rient au même point par une 

route oppos >ur < à sa manière, 

j' trouble la paix; dans sou té raire orgeuil , il 
se rend 1". Le la divinité , il exige en 

et les respects des hommes 
il se fait Di l'il peut à sa place; on de- 

vrait le punir i - quant on ne la 

ts com ne intolérant, 

Négligeons donc tous c nés mystérieux , 



quî ne sont r 

i ' I ' 

I i 

i D 

- 
- 

■ 

| | 

On ne 

ible la 

M la 5o::: 

I 

I 

. 

il le s 



£6 J. J. Rousseau 

quand il sait se faire respecter. Oh ! si jamais 
dans nos montagnes , j'avais quelque pauvre cure 
Ue bonnes gens a desservir, je serais heureux ; 
car il me semble que je ferais le bonheur de mes 
paroissiens I Je ne les rendrais pas riches , mais 
je partagerais leur pauvreté , j'en ôterais la flé- 
trissure et le mépris plus insupportables que l'in- 
digence, Je leur ferais aimer lu concorde et l ega- 
liie , qui chassent souvent la misère et la font 
toujours supporter. Quand ils verraient que je ne 
serais en rien mieux qu'eux , et que pourtant je 
vivrais content , ils, apprendraient à se consoler de 
leur sort , et à vivre contens comme moi. Dans 
nies instructions , je m'attacherais moins à l'esprit 
de l'église , qu'a l'esprit de l'évangile , ou le dogme 
est simple , et la morale sublime , ou l'on voit peu 
de pratiques religieuses ) et beaucoup d'oeuvres de 
charité. Avant de leur enseigner ce qu'il faut faire, 
je m'efforcerais toujours de le pratiquer, afin qu'ils 
vissent bien que tout ce je dis je le pense. Il ne 
tien irait pas à moi de leur rendre la religion, 
aimable. 

Ce qui donpe le plus d'elpignement pour les dé- 
vots de profession , c'est c< ite apr< té de mœurs 
qui les rend ins -lisibles à r&umanité ; c'est cet 
orgueil excessif qui leur fai r en pitié le 

reste du monde; dans leur élévation, s*il "-nt 

s'abaisser a quelque acte de bonté , c'est d • 
manière si humiliante, ils ping:? ., . s l'un 

ton si cruei , leur justice est si rigoureuse, leur 
charité si dure , leur zèle si amer , leur mépris 
ressemble si tort à la haine , qne l'insensibilité 
mène des gens «lu monde est moins barbare que 
leur commisération, L'amour de Dieu leur s 

\cuse pour n'aimer personne; plus ils s^ ,.~l^- 



A i x Y R A N ÇA i s. hy 

client dus hommes, plus ils en exigent, et l'on 

lit qu'ils m' eni a Dieu , que pour exercer 

i autorité sur la terre. 11^ font du christianisme 

une religion aussi terrible et déplaisante , qu'elle 

tous la véritable loi de Jésus- 
Christ. \Ji\' qui charme le plus dans 

le caractère de Jésus , n'est pas seulement la dou- 
ceur des mœurs , la simplicité, mais la facilité, 
la grâce et même l élégance; il ne fuyait ni les de û 
ni les fêtes, il allait aux noces , il voyait Mort, 
lus femmes, il jouait avec les enfans, il aimait les 
parfums, il mangeait chez les financi >s di sei- 

ne jeûnaient point, son autorité n'était point 
teuse, il était à-la-fois indujgeni et juste, doux 
aux faibles, et terrible aux médians ; sa morale 
• attrayante ei douce. 
Si j'avais \ans dans mon voisinage • ou 

, ' : ' , Emile. 

tlans ma pai e les disi n s point de 

i tout ce qui tient à la 
charité chr , je les porterais tous à s'entr'ai- 

s , à respecter 

k>\\$, ut à vivre en paix chacun dans 
la riei 

Lqu'un à quitter celle 
ou il est i tlliciter à mal faire , et 

par coni iu. En attendant 

■ ■ lie, 

, ii • portons t les il . 

- 
i 
1 , et 

Pourquoi 



5t J.J. Rousshu 

croyance des hommes détermine leur morale, ef 
que dus idées qu'ils ont de la vie à venir, dépend 
de leur conduite en celle-ci ; mais quant aux opi- 
nions qui ne tiennent point à la morale, qui n'in- 
fluent en aucune manière sur les actions, et qui 
ne tendent point à transgresser les lois , chacun n'a 
là-dessus que son jugement pour maître , et nul 
n'a ni droit ni intérêt de prescrire à d'autres sa façon 
de penser. Si, par exemple , quelqu'un même cons- 
titué en autorité , venait me demander mon sen- 
timent sur la fameuse question de Vliypostase dont 
la bible ne dit pas un mot , mais pour laquelle 
tant de grands enfans ont tenu des conciles , et tant 
d'hommes ont été tourmentés: après lui avoir dit 
que je ne l'entends .point , et ne me soucie point 
de l'entendre , je le prierais le plus honnêtement 
que je pourrais , de se mêler de ses affaires ; s'il 
insistait, je le laisserais là. 
Lcr àM Voilà le seul principe sur lequel on puisse éta- 
deBeau. bîir quelque chose de fixe et d'équitable, sans, 
quoi la religion qui doit faire le bonheur des hom- 
mes , fera toujours leurs plus grands maux. Qu 
on perd de vue les devoirs du citoyen pour ne s'uc- 
cuper que des opinions des prêtres , et de leurs 
frivoles disputes; on ne demande plus d'un chré- 
tien. S'il craint Dieu, mais s'il est or , ou 
lui fait signer des formulaires sur les questions \cs 
plus Inutiles* et souvent les plus inintelligibles, 
et quand il a signé, tout va bien ; il peut vivre 
comme il lui plaît; ses mœurs ne font rien à l'af- 
faire, la doctrine est < n sûreté. Quand la religion 
en est là , quel bien à la société? De quel 
avâ .lie au:: les / Elle ne sert i 

guerres Je toute espèce, et à >rger 



,\ 



Aux F R A N Ç À 1 '. 

poui \riphes : empêchons- là , s'il se peur, 

ii ce point, et soyons surs d'avoir 
i mérité du genre humain. 
Voilà quels étaient nus principes en i 

iuu , voilà la réforme i 

proposer, et qu'un sage vient enfin 

raheui de la France ei l'exempl • de l'Europe, 
en mettant le sceau à sa gloire i lie. 

nia è la sua glorta al Tasso. 

Ouï, désormais les Français fori 

famille de Ireres, et.* titre ne sera plus vain et de- 
re , l'amour du la patrie et de Ja i 

, elles ne mettront d a 
ri" leurs ... 
celle du n i de la vertu. L r 

morale sei 

dans une h le mal ; 

iploi d-. 

ut the 

Françj tout fait, il ne faut 

plus besoin p 

ix , qu< 

cquise à I inte de 
• 

nt et ui 

I 



€o J, 1 Rousseau 

soin qui vous reste à prendre. C'est à vous seuls 
désormais, non à faire votre bonheur, un héros 
vous en a évité la peine, mais à le rendre durable 
par la sagesse d'en bien user. C'est de votre union 
perpétuelle, de votre obéissance aux lois, de votre 
respect pour leurs ministres que dépend votre 
conservation. S'il reste parmi vous le moindre 
germe d'aigreur, hâtez-vous de le détruire comme 
un levain funeste d'où résulterait tôt ou tard la 
perte de la République. Accordez sans réserve à 
vos sages magistrats cette salutaire confiance que 
la raison doit à la vertu. 

Et loi, génie bienfaisant et créateur, Bonaparte ! 
achève l'ouvrage sublime que tu as si glorieuse- 
ment commencé. Nouvel Atlas , tu soutiens seul 
rimmense édifice de la République française, et 
par un généreux dévouement, tu n'as pas refusé de 
supporter ce poids pendant toute ta vie ! C'était 
peu pour toi de l'avoir assise sur une base solide 
et stable , de lui avoir assigne le premier rang 
parmi toutes les puissances de l'Europe, de lui 
avoir donné une paix glorieuse, d'avoir multiplié 
ses ressources, établi son crédit, rassuré ses alliés, 
décourage ses ennemis ; ta grande ame craignait 
de passur une journée sans combler la grande fa- 
mille de quelque nouveau bienfait: . . . plus heu- 
reux que Titus, tu n'éprouveras jamais ce regret. 
La République française t'aurait adressé ses 
ramer ci mens, si, d'après le premier mouvement 
de ton cœur, tu avais consacré ta vie au soin de 
la rendre heureuse; mais par respect pour la sou- 
veraineté du peuple , tu a< voulu le consulter 
ci attendre son vœu ! O spec'acle digne des deux ! 
voilà, voilà le r< s lois. ... ! Mais ou m'em- 

porte lui z. . ;ret ! Te diraî-je rue dans la 






\ 



Aux Français. 6r 

liberté sage et n que tu as établie d 

la République, je reconnais avec orgueil nies idées 
ei m< S principes! Mais je ni'arréte, craignant de 
nuire au bonheur du peuple français , en te dé- 
robant nlus long-temps ces momens précieux que 
tu sais si bien utiliser pour sa gloire et sa pros- 
péra 

Cum tôt suslineas et tanta rtegotia soins , 
Respublicas armis tuteris , merilms ornes , 
Legibus emendes ; in publiai comrnoda pecccm y 
Si longo sermonc morcr tua tempora. 

Horar. 

Je vais donc marquer ta place auprès du ver- 
tueux Fénélon qui t'annonça à la France sous 
les traits de TéUmaque. 



Je soussigné, déclare avoir vendu le présent 
ouvrage au citoyen Gorrin iîis, imprimeur, pour 
devenir sa propriété. 

Chambéry, le 6 vendémiaire an 11 de la Ré- 
publique française. 

J. MARTI N. 

D'après la vente ci-dessus , je déclare que je 
poursuivrai devant le^ tril unauz tous ceux qui 
i primeront ledit ouvrage , sans mon aveu et 
mon autorisation. 

Chambéry, le \2 vendémiaire, an 1 1 de la 
République française. 

I. G O R R I N fils,; imprimeur. 



£/